Présentation

La vocation de ce projet est de fédérer les acteurs du Logiciel Libre en Île de France, de promouvoir l'émergence d'une industrie saine et prospère du Logiciel Libre, en contact étroit avec le monde de l'enseignement et de la recherche, pour favoriser le développement de logiciels libres innovants qui profitent des avancées scientifiques dont l'île de France regorge.

Nous voulons promouvoir largement l'adoption des Logiciels Libres, aider à développer un écosystème durable et rendre clairement visible la contribution majeure que l'Île de France, et la France toute entière, ont donné, et continuent à donner à cet essor; pour cela, nous développerons des liens forts avec les autres acteurs sur le reste du territoire, en prenant en compte les spécificités du Logiciel Libre, qui compte parmi ses acteurs clé toutes sortes d'entités, qui vont, sans solution de continuité, des individus, associations et très petites entreprises, jusqu'aux grandes structures comme les Universités ou les groupes industriels, en incluant les communautés d'utilisateurs et de développeurs, ainsi que des acteurs publics comme les collectivités territoriales.

Notre contrat moral avec la communauté du Logiciel Libre, dont nous faisons partie, est consigné dans la Charte.

Nous allons démarrer les actions du Pôle par les quatre grands axes suivants.

Relever les défis technologiques des Logiciels Libres pour construire demain

L'essor du Logiciel Libre a complètement changé le scénario industriel traditionnel : à la place de grands projets centralisés, dont le code source est gardé secret, et dont l'évolution est donc forcément balisée et encadrée, nous retrouvons un bouillonnement de projets divers et variés, au cycle de développement extrêmement court, avec des contributions venant de partout, et dont le code source est accessible à quiconque et modifiable par tous. De ce fait, le Logiciel Libre expose de nouvelles problématiques à plusieurs niveaux.

Défis que l'on pose à la recherche fondamentale en Informatique

L'absence d'un architecte unique, le cycle de développement très rapide, les interrelations très fortes avec d'autres composants, la libre disponibilité du code source et surtout la présence d'une vaste communauté distribuée de contributeurs au code, poussent à repenser les priorités traditionnelles dans des domaines comme :
  • la vérification et la preuve de programmes,
  • la validation et la sécurisation de toutes les couches logicielles,
  • la gestion et la vérification de systèmes construits à partir de composants,
  • la traçabilité du code source,
  • la conception d'outils de développement collaboratif, de plate-formes d'échange, des langages de programmation plus concis et avancés,
  • la mise en place d'outils pour la manipulation de données semi-structurées et bien d'autres.
Nous voulons favoriser l'émergence de collaborations entre acteurs industriels et monde de la recherche afin d'attaquer et résoudre ces problèmes nouveaux.

Défis que l'on pose à la recherche appliquée en Informatique

L'ensemble de l'infrastructure collaborative du Web repose aujourd'hui massivement sur une palette de Logiciels Libres. Il s'agit d'une réalité concrète et nous devons agir dès aujourd'hui pour prendre en compte systématiquement les problèmes de fiabilité, validation, sécurisation et maintenance, pour lesquelles la France a une longue tradition d'excellence. Nous voulons encourager des projets qui visent à appliquer, sur ces briques logicielles essentielles, les techniques et les bonnes pratiques dont le tissu de l'Île de France a la maîtrise.

Défis liés à l'organisation de l'innovation ascendante

La disponibilité de composants en Logiciel Libre, et la généralisation du développement coopératif (qui s'étend à tous les autres domaines de la connaissance et de la créativité humaine) ont rendu possible l'expérimentation de nouveaux services d'échange d'information, en dehors des logiques de rentabilité immédiate. Ceci est aujourd'hui un facteur clé d'une innovation que l'on appelle "ascendante", issue largement d'une base d'utilisateurs qui devient acteurs et créateurs. Favoriser l'essor de cette innovation, demande deux genres d'actions : la création et mise à disposition d'une infrastructure technologique ouverte qui supporte spécifiquement l'expérimentation avec des nouveaux services et applications par ces utilisateurs/acteurs, l'accompagnement de l'évolution de ces innovations dans le continuum qui va de la simple expérimentation jusqu'à une professionalisation et l'éventuelle création d'entreprises, mais qui peut aussi déboucher sur d'autres mécanismes moins conventionnels de création de valeur (abonnements, mutualisation, etc.).

Défis liés à la formation

La disponibilité de nouveaux outils et de nouvelles méthodes de travail issus des TIC pose un problème de formation de la population active et de prise en compte rapide par les entreprises des nouveaux moyens, sous peine de perdre leur compétitivité sur le marché mondial. Par la diffusion large des outils de la créativité dans la population et dans les entreprises, en minimisant les barrières d'accès, le Logiciel Libre peut être le vecteur d'un accroissement des savoir-faire et des pratiques innovantes. L'expérience acquise à titre individuel, souvent non commercial, peut être un terreau favorable à une plus grande compétitivité des entreprises dans tous les domaines, voire à la réorientation de certaines activités économiques et à la création de nouveaux types d'activité.

Aider les individus, les citoyens, les administrations et les grands utilisateurs à tirer parti du Logiciel Libre aujourd'hui

Il est essentiel d'accompagner et de faciliter l'appropriation des logiciels libres par l'ensemble des utilisateurs, qu'ils soient de simples citoyens ou de grands comptes publics et privés. Nous souhaitons soutenir des actions de R&D qui contribuent à rendre cette offre plus accessible à tous. On peut déjà identifier certains domaines spécifiques où la masse critique présente dans le périmètre du pôle permet d'espérer des contributions remarquables.

Ergonomie, accessibilité, utilisabilité

La disponibilité d'applications majeures pour les utilisateurs (OpenOffice.org, Firefox), ainsi que la présence dans le pôle d'une distribution de Logiciels Libres d'envergure mondiale (Mandriva) permettent d'envisager une orientation des contributions franciliennes vers une plus grande ergonomie et utilisabilité des applications et des interfaces utilisateurs.

Inclusion, francophonie

La France a désormais bien comblé son retard dans le déploiement d'un accès Internet rapide, ce qui a rendu le réseau largement accessible. Cependant, pour que cet accès profite au plus grand nombre, en réduisant la fracture numérique, il est essentiel qu'à la facilité d'accès au réseau puisse se joindre une offre logicielle qui prend en compte les exigences des utilisateurs les moins formés et ceux de la communauté francophone. Dans cet axe, les actions et initiatives de communautés reconnues comme celles de Mozilla et OpenOffice.org, d'associations d'utilisateurs français qui mutualisent leurs développements au service de la relation administration/citoyen, comme l'Adullact, ou Admisource de gros utilisateurs publics, essentiellement basés à Paris, des initiatives telles IdABC au niveau européen, trouvent clairement leur place. Rappelons par ailleurs que le Logiciels Libres jouissent d'un succès croissant dans la communauté des pays francophone, notamment ceux du sud, et que le renforcement de notre capacité dans de domaine peut être un facteur important de rayonnement pour la France, tout en étant une aide significative au développement de ces pays.

Participer aux grands projets pour devenir leaders

Nous souhaitons encourager dans le pôle les actions visant à accroître la participation des entreprises françaises dans les instances de normalisation et standardisation internationales.

En effet, nombre de projets Libres sont les outils techniques d'implémentation d'une norme ou d'un standard. Il en va ainsi des outils et logiciels qui font fonctionner Internet comme des outils de sécurité ou encore des « applicatifs » comme OpenOffice.org. Être « core developers » reconnus de ces projets majers existants, permet aux entreprises d'être un interlocuteur clé des instances internationales de normalisation: c'est en ayant une connaissance pointue des technologies implémentant telle ou telle norme que l'on peut légitimement participer à des instances de normalisations comme le W3C, l'IETF ou l'OASIS.

L'autre aspect des projets de cette thématique concerne les nouvelles plate-formes logicielles et les nouveaux outils de développement. Le but étant de se positionner en amont de la chaîne de valeur de l'informatique et être ainsi en mesure de devancer les tendances lourdes à venir.

Se connaître pour rayonner : l'Observatoire du libre

L'évolution rapide des Logiciels Libres rend nécéssaire un effort important de collecte d'information, d'analyse, de prospective, de formation et de diffusion pour gérer ces évolutions le plus efficacement possible, favoriser toutes les formes d'innovation (technique, économique et sociétales), et accompagner les transitions. C'est pourquoi nous considérons la création d'un Observatoire du Libre comme une action majeure du pôle, qui aura aussi pour but d'identifier d'autres secteurs pouvant relever des mêmes approches économiques de production et de service.

Par son activité, l'Observatoire du Libre a vocation à

Identifier les circuits de la création

L'organisation de l'économie du libre est souvent très différente de celle de l'économie traditionnelle, au moins en ce qui concerne les "produits". L'économie traditionnelle est surtout une économie de l'offre : les utilisateurs choisissent en fonction d'un catalogue mis à leur disposition par leur fournisseur, avec plus ou moins de liberté selon le niveau de concurrence du marché, et restent dépendant de ce fournisseur pour les évolutions et la satisfaction de besoins spécifiques. L'économie du libre est bien plus une économie de la demande, au sens ou de nombreux utilisateurs peuvent choisir de faire évoluer eux-mêmes les produits, voir de les créer de toutes pièces en fonction de leurs besoins, et c'est d'ailleurs comme cela qu'ont été développés certains des logiciels les plus connus, dont le système d'exploitation Linux. Pour cela, ces utilisateurs feront généralement appels à des sociétés extérieures, qui participent donc à la création ou à l'évolution des logiciels, mais sans garder la propriété intellectuelle et le contrôle de la diffusion et de l'évolution. Mais les circuits de la création sont plus variés et complexes. Ils font aussi intervenir d'autres intermédiaires. Un exemple en sont les éditeurs de distribution, qui ont vocation à assembler des composants logiciels homogènes pour offrir aux utilisateurs des solutions composites plus directement prêtes à l'emploi. L'observatoire devra identifier les circuits et les acteurs, estimer l'importance de leur rôle et la possibilité de leur évolution future, et analyser les mécanismes de cette économie de la demande pour en accroître l'efficacité.

Fédérer l'offre

Le grand éparpillement de l'offre dans l'Île de France et la connaissance très partielle des forces présentes et des contributions produites nuisent bien évidemment tant à la visibilité internationale du potentiel de la région dans ce domaine d'activité. Mais c'est également un véritable obstacle pour les entreprises et les collectivités utilisatrices de ces technologies, pour lesquelles ce manque de lisibilité est un frein à l'adoption de technologies innovantes qui leur permettraient d'être plus compétitives et/ou efficaces. C'est précisément une des raisons d'être des pôles de compétitivité que de pallier à cela : l'Observatoire du Libre permettra de cartographier géographiquement, économiquement et de façon thématique, les acteurs présents, leurs contributions et leurs compétences, et les solutions techniques disponibles. Nous souhaitons en particulier valoriser :
  • la myriade de très petits acteurs,
  • les centaines d'éditeurs et sociétés de services en Logiciel Libre,
  • les grands groupes,
  • et les institutions (allant du monde de la recherche et l'enseignement jusqu'aux ministères et les collectivités territoriales).

Fédérer la demande

De façon complémentaire, le pôle fournira un lieu de rencontre des utilisateurs, à quelque sphère qu'ils appartiennent, qui souhaitent mutualiser leurs efforts, soit par la mise en commun de développements, soit par l'identification de besoins communs, de réaliser ainsi des cahiers des charges portant sur des fonctionnalités génériques et qui pourront de ce fait être intégrées dans les projets officiels. L'expérience acquise par diverses associations, comme par exemple l'ADULLACT, pourra à cet égard être précieuse, et servir de point de départ pour comprendre les mécanismes de la mutualisation des développements et des évolutions, et savoir les adapter aux différents contextes d'utilisation.

Valoriser le ou les territoire(s)

L'ensemble des projets dans la sphère de l'Observatoire du Libre aura pour vocation de rendre visible les contributions, les compétences et les savoir-faire franciliens, mais aussi de produire une véritable prise de conscience des acteurs en présence, et ainsi agir comme une courroie de transmission entre ces derniers, dont la nature et les origines sont très variées. Les créations libres ayant par nature vocation à être réutilisées, les outils et méthodes élaborés pour la mise en valeur de l'Île de France pourront être reprises par d'autres régions pour leur propre valorisation.

Dans cet axe, les associations existantes auront toute leur place: quasiment tous les acteurs concerné par le Pôle Logiciel Libres sont très naturellement déjà en réseau, et l'Observatoire du Libre en tiendra compte pour éviter de dupliquer ce qui se fait déjà. Il sera fédérateur, bien plus qu'acteur, y compris dans son rôle d'information et d'analyse. Il cherchera à identifier les tâches restant à accomplir, mais visera surtout à faire qu'elles le soient par les acteurs les plus compétents, tout en veillant à garder un rôle de validation et de sélection de l'information.